Le principe
La souveraineté numérique n'est pas un slogan : c'est une liste de choses que l'on garde.
Un hôpital qui informatise son activité clinique délègue une part de sa capacité à décider. La question n'est pas d'éviter cette délégation, elle est inévitable, mais de choisir précisément ce qui n'est jamais délégué. Nous en retenons quatre.
Les données
Chaque partenaire exploite sa propre instance et ses propres données, sur ses propres serveurs. Pas d'entrepôt commun, pas de mise en commun par défaut : le partage se décide dossier par dossier, jamais par architecture.
La réversibilité
Pouvoir changer d'avis. Un système dont on ne peut plus sortir, faute de code, de modèle de données ou de compétences, n'est plus un choix : c'est une dépendance que l'on refinance chaque année.
La feuille de route
Les priorités cliniques sont arbitrées par les établissements qui soignent, en fonction de leurs risques et de leurs métiers, et non par le cycle de publication d'un éditeur ni par la moyenne de ses clients.
Les compétences
Garder à l'intérieur de l'hôpital les équipes capables de comprendre, de modifier et de faire évoluer l'outil. C'est la dimension la plus discrète et la première que l'on perd.
Ce que nous proposons
Cinq propositions de valeur, en clair.
Elles décrivent un modèle de coopération entre hôpitaux, pas un catalogue produit.
La copropriété plutôt que la licence
Un partenaire n'achète pas un droit d'usage renouvelable : il investit de la capacité, en argent ou en équipes, et devient copropriétaire de la propriété intellectuelle produite, dans le cadre d'une convention de partenariat.
L'image la plus juste est celle de la coopérative de mobilité : on prend des parts, on participe à la gouvernance, on ne loue pas indéfiniment l'accès à un bien dont un autre reste seul propriétaire.
Un socle commun, des modules spécifiques
Le socle clinique est mutualisé. Au-dessus, chaque établissement développe ou fait développer les modules propres à son organisation, puis peut les proposer aux autres selon un cycle simple : contribuer, valider, référencer, adopter.
La place de marché de modules et la couche d'API sont en cours de conception ; le régime exact d'ouverture du socle reste à arbitrer entre les partenaires.
Une chaîne technique maîtrisée de bout en bout
Les bases de données sont exploitées sur les serveurs des hôpitaux. La chaîne de développement elle-même, dépôts de code et intégration continue, est hébergée en interne, sans dépendance à un service externe.
Ce point est rarement examiné dans les appels d'offres. Il détermine pourtant qui peut, concrètement, reconstruire le système un lundi matin.
Plusieurs façons de contribuer
Un partenaire peut mobiliser ses propres développeurs et co-développer, ou financer un développement collectif et commander les modules qui lui sont propres. Entre les deux, des intégrateurs tiers peuvent intervenir sur des périmètres définis.
Les modalités de support et de niveaux de service sont des cadres indicatifs, précisés dans chaque convention bilatérale.
Une trajectoire d'interopérabilité européenne
Le cadre de référence que nous visons est celui de l'espace européen des données de santé, le règlement (UE) 2025/327, entré en vigueur le 26 mars 2025 et d'application progressive jusqu'en 2031.
Objectif de trajectoire, évalué au fil des travaux ; nous ne revendiquons pas une conformité acquise.
Notre état d'esprit
Nous défendons une méthode, pas un produit.
Un hôpital qui remplace son système clinique engage une décennie de son activité. Nous pensons qu'une telle décision mérite le même niveau de preuve qu'une technologie de santé : une évaluation indépendante, conduite avant l'engagement, et non un comparatif fourni par les candidats.
Évaluer avant de choisir
Le modèle central d'EUnetHTA et ses neuf domaines offrent une grille déjà éprouvée pour les technologies de santé : problème clinique, description technique, sécurité, efficacité, coûts, éthique, organisation, patients, cadre juridique. Rien n'interdit de l'appliquer à un système d'information clinique. Nous demandons qu'on le fasse.
Préférer l'affirmation vérifiable à l'affirmation forte
Nos documents distinguent explicitement ce qui est établi, ce qui est une appréciation argumentée et ce qui reste à valider. C'est une contrainte que nous nous imposons : elle nous coûte des formules percutantes et nous évite d'avoir à nous rétracter.
Lire les audits publics
Les grands déploiements hospitaliers laissent des traces documentées. Le 24 octobre 2024, la Cour des comptes norvégienne a qualifié de « fortement critiquable », son degré de sévérité le plus élevé, la planification, l'organisation et la mise en œuvre de Helseplattformen ; 84 % des médecins de l'hôpital Saint-Olav estimaient alors que le système dégradait la sécurité des patients, et le coût total de préparation, de développement et de déploiement, tous acteurs confondus, y est évalué à environ 6,7 milliards de couronnes. Au Danemark, les commissaires aux comptes du Parlement ont jugé le 20 juin 2018 « non professionnelle et critiquable » la préparation de la mise en service de Sundhedsplatformen à l'hôpital de Herlev et Gentofte, sur un investissement de l'ordre de 2,8 milliards de couronnes danoises.
Ces rapports ne condamnent aucun éditeur : ils décrivent des conditions de réussite et d'échec, et ces conditions nous concernent tout autant.
Accepter la comparaison
Nous ne demandons pas de préférence de principe pour une solution publique. Nous demandons que la comparaison porte sur les bonnes variables : le coût total sur dix ans, le coût de sortie, la maîtrise de la feuille de route, la qualité réelle de l'interopérabilité, et pas seulement le nombre d'établissements déjà équipés.
Les malentendus
Ce que DPI+ est, et ce qu'il n'est pas.
Ce que c'est
- Un système clinique en production, co-développé par deux hôpitaux publics suisses.
- Un modèle de copropriété de la propriété intellectuelle, adossé à une convention.
- Un socle mutualisé, ouvert à d'autres établissements qui acceptent d'y contribuer.
- Un travail en cours, dont les jalons et les limites sont publiés.
Ce que ce n'est pas
- Un logiciel libre en accès ouvert : le socle est co-développé par les partenaires et son régime d'ouverture reste à arbitrer.
- Une solution gratuite : elle demande de l'investissement, des équipes et de la durée.
- Un club fermé : l'entrée est conditionnée à une contribution, pas à une nationalité ni à un statut.
- Un produit fini que l'on installerait la semaine prochaine.
Où nous en sommes
État d'avancement, au 15 septembre 2026.
Co-développement actif entre les Hôpitaux universitaires de Genève et l'Hôpital du Valais, chacun sur sa propre instance.
Une structure de gouvernance commune, dont la forme juridique et les verrous statutaires font l'objet d'une validation en cours.
La couche d'API et la place de marché de modules, qui conditionnent l'ouverture à de nouveaux partenaires.
Cible d'achèvement du produit à l'Hôpital du Valais.
Nous parler
Cette page est une invitation à la contradiction.
Si vous dirigez un établissement, une direction des systèmes d'information ou une collectivité qui s'interroge sur le remplacement de son dossier patient, nous sommes disponibles pour en discuter, y compris pour entendre ce qui ne tient pas dans ce qui précède.
- Riksrevisjonen, Riksrevisjonens undersøkelse av Helseplattformen i Midt-Norge, Dokument 3:3 (2024-2025), 24 octobre 2024. riksrevisjonen.no, rapport complet : stortinget.no
- Statsrevisorerne et Rigsrevisionen, Beretning om Sundhedsplatformen, 20 juin 2018. rigsrevisionen.dk
- Règlement (UE) 2025/327 relatif à l'espace européen des données de santé, publié au Journal officiel le 5 mars 2025. eur-lex.europa.eu
- Lampe K. et al., The HTA Core Model, EUnetHTA, 2009. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
